pour soprano, flûte, pipa, violon, contrebasse, piano (cordes du piano) et vidéo interactive
La Confluence naît de l’image des rivières rencontrant la mer — métaphore des corps en mouvement, des histoires déplacées, des identités façonnées par le passage plutôt que par l’arrivée. L’œuvre pense la migration non comme un trajet linéaire d’un lieu à un autre mais comme un état continu de devenir, où les frontières se brouillent et où l’appartenance reste instable.
Elle est en quatre mouvements — Gathering Currents · La Confluence · Avalanche · What Remains — pour soprano, flûte, pipa, violon, contrebasse, un pianiste jouant dans l’instrument avec e-bow et maillet superball, et une couche vidéo en direct. Puisant dans le souffle, le bruit, la résonance et des gestes sonores fragiles, la pièce place le corps au centre comme lieu de mémoire et de résistance. La voix — entre texte, chuchotement et son brut, revenant sans cesse à la phrase when the river meets the sea — porte les traces de celles et ceux qui traversent, s’échappent et se reforment en transit. Le son se comporte comme une matière fluide, tantôt suspendue, tantôt accumulant de la force ; précision et liberté coexistent, et il n’y a pas de clic — les musiciens se donnent les départs à la surface de l’image.
La vidéo coexiste avec l’ensemble comme témoin parallèle plutôt que comme illustration : courant bleu d’encre et flux de particules blanc d’os, deux rivières convergeant vers un point d’or puis se dispersant en résidus. Ensemble, son et image construisent un espace rituel féministe — qui résiste au spectacle et met en avant la vulnérabilité, la persistance et l’écoute collective. Dans La Confluence, le déplacement n’est pas seulement perte mais condition qui engendre de nouvelles formes de relation. Ce qui se rassemble ici n’est pas une voix unifiée mais une pluralité — superposée, instable et obstinément présente. Écrite à Paris et Strasbourg en 2025, la pièce a été créée le 23 juin 2026 au festival Abeceda, à Bled.