pour soprano, mezzo-soprano et objets rituels (papier, tasse en porcelaine, bol en métal, clés)
Une pièce en quatre sections pour deux voix et objets rituels — arrivée · fragments · rituel · dissolution — d’environ quatre minutes. Elle a été écrite à Strasbourg en 2026 pour l’Ensemble Multilatérale, dont la commande demandait quelque chose d’assez petit pour tenir dans les mains : deux chanteuses, une feuille de papier, une tasse en porcelaine, un bol en métal et un trousseau de clés.
La musique doit être chantée avec une intimité et une retenue extrêmes. Le silence est un matériau structurel, pas une absence. Le champ des hauteurs est étroit — ré, mi, fa♯, la, si — fait de quintes à vide, de frictions de seconde mineure, de petites cellules répétitives et d’une modalité suspendue dont la gravité se fixe lentement sur ré. Les nuances ne dépassent jamais mp. Dans les sections extrêmes, les voix respirent plus qu’elles ne chantent ; dans la troisième apparaît une pulsation douce et les deux lignes deviennent une seule mélopée égale ; dans la dernière, les consonnes chuchotées (s, ch, h) ne sont mises en hauteur que par l’air, et les fragments en français restent au seuil de l’intelligibilité.
Les objets sont des extensions de la voix, non des ponctuations. Le papier porte un texte manuscrit connu de la seule soprano et n’est jamais lu à haute voix. Les clés restent dans la main fermée de la mezzo jusqu’au geste final, où elles sont lâchées dans la tasse. Rien n’est jamais plus fort qu’un souffle. Un Rituel pour Oublier est un rituel pour l’oubli — une cérémonie où quelque chose est dit presque entièrement, puis laissé se dissoudre.