pour flûte, clarinette, harpe, percussion, violoncelle et contrebasse (2022) · révisé en 2026 pour flûte basse, clarinette basse, percussion, piano, violoncelle et contrebasse, tous les musiciens utilisant aussi la voix
Happily Ever After examine le mariage comme institution politique plutôt que comme idéal romantique. Dans de nombreuses sociétés, le mariage n’est pas pour les femmes un acte librement choisi mais une transition socialement imposée vers un système qui régule leur corps, leur travail, leur sexualité et leur voix. Vendu comme accomplissement et bonheur, il fonctionne souvent comme un mécanisme de contrôle. L’œuvre établit un parallèle entre les rituels de mariage et de funérailles — deux cérémonies collectives qui marquent des seuils irréversibles et exigent la soumission à des normes héritées. Pour beaucoup de femmes, le mariage devient une forme de mort sociale : l’effacement de l’identité déguisé en célébration. Le titre est donc ironique ; il expose la violence cachée sous la promesse du « ils vécurent heureux ».
Des fragments de la Marche nuptiale de Mendelssohn traversent la pièce, fredonnés de mémoire par les musiciens — comme un invité distrait fredonne à une réception — et déformés jusqu’à se dissoudre en souffle, en vocal fry, en bruit et en effort physique. Les techniques étendues mettent le corps au premier plan comme lieu d’endurance plutôt que de plaisir, reflétant la manière dont les structures patriarcales normalisent l’inconfort et le silence comme formes de discipline. Les deux fredonneurs ne se synchronisent jamais ; ils dérivent délibérément. La pièce se termine par trois silences mesurés de quatre, cinq et six secondes pendant lesquels personne ne doit relâcher sa posture.
Plutôt que d’offrir une résolution, Happily Ever After refuse le fantasme qu’il critique. L’œuvre demande quelles voix sont perdues pour que ce rituel continue — et ce qu’il faut enterrer pour que le bonheur paraisse intact. Elle a été créée par l’Ensemble Multilatérale le 16 juillet 2022, puis révisée en 2026 pour flûte basse, clarinette basse, percussion, piano, violoncelle et contrebasse en vue du concert du Schallfeld Ensemble au Wigmore Hall de Londres, le 3 octobre 2026.