pour soprano seule, instrument Ebru, électronique en direct, vidéo en direct, objet et mouvement
Instructions for Not Disappearing est une œuvre solo pour voix, électronique en direct, vidéo en direct et un instrument que j’ai construit : un bac d’eau. L’ebru est l’art turc de la marbrure — des pigments flottés sur une surface épaissie et tirés en figures qui n’existent que tant que l’eau les porte. Je l’ai reconstruit en instrument audiovisuel vivant. Le bac est lu par des micros de contact et ré-excité par en dessous par des transducteurs, si bien que l’eau est à la fois capteur, résonateur et actionneur : un petit écosystème audible que je perturbe plutôt que je ne commande. Une caméra au-dessus de la surface en projette l’image ; des traitements granulaires, spectraux et par convolution replient ma voix dans l’eau jusqu’à ce que la frontière entre les deux cesse d’être audible. Chaque marque est définitive — le pigment sur l’eau ne se corrige pas — et la pièce est donc faite d’accidents avec lesquels je dois vivre.
Les quinze minutes suivent un arc alchimique en cinq sections — Prima Materia · Dissolution · Fermentation · Calcination · Or — où le champ harmonique est progressivement dépouillé jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une seule hauteur. L’ambiguïté modale (mi, sol, si, do♯, ré) s’effondre en un mi pur : ni majeur, ni mineur, ni résolu, ni triomphant. Juste la présence. Le bac est la source électronique première tout au long ; la voix émerge de son monde, et non l’inverse. Hauteur d’ouverture sol3, l’ombre ; hauteur finale mi6, la singularité — du grave à l’aigu, de l’ambiguïté à la présence. La pièce ne finit pas en triomphe mais en déclaration : I am not finished. Puis un geste encore, qui prend le titre au pied de la lettre : une feuille de papier est posée sur l’eau et soulevée, et l’image flottante — qui autrement se dissoudrait — est sauvée.
L’œuvre prend son titre au sérieux. Elle parle de ce que coûte le fait de rester lisible : un corps, une langue et un artisanat tenus chacun au bord de la dissolution. La voix est cachée, à demi parlée, absorbée, et enfin exposée. L’image s’épanouit et se disperse. Rien n’est défait. C’est la première œuvre achevée de Fluid Narratives, ma recherche doctorale à UC Berkeley (CNMAT / BCNM) et à la HEAR de Strasbourg ; elle a été créée au CCRMA, Stanford, le 10 avril 2026 dans le cadre de MediaFlock, puis rejouée au ZKM de Karlsruhe le 19 juin 2026.